Socheat who works in the social service department

Un Entretien avec Peng Socheat, du Service Social de PSE

Peux-tu me donner une introduction au rôle des services sociaux ?

Le service social c’est le cœur de PSE: c’est le département qui choisit les familles et les enfants qui bénéficieront d’aide, selon des critères définis. C’est notre première mission. La deuxième, c’est de faire le suivi des familles et des absents. La troisième, c’est de donner des avis concernant les écoles, et travailler avec les professeurs pour décider de l’avenir d’un enfant, et s’il rentrera dans telle ou telle formation professionnelle. Si, par exemple, un enfant de 13 ou 14 ans est issu d’une famille très pauvre et qu’ils ont absolument de revenu supplémentaire, et qu’en plus cet élève ne réussit pas en cours, alors il sera transféré directement en formation professionnelle, pour qu’ à l’âge de 16 ou 17 ans, il trouve un métier pour aider sa famille. Sinon on sait que l’enfant quittera ses études entièrement et se mettra à travailler dans la rue. Nous communiquons vraiment avec tous les départements de PSE pour faire un suivi des élèves.

 

Quels sont les critères d’entrée pour qu’une famille accède aux programmes de PSE ?

Il y a quatre catégories d’enfants à considérer: la première catégorie est lorsque l’enfant vient d’une famille d’une pauvreté extrême, la deuxième quand l’enfant vient d’une famille monoparentale avec beaucoup de frères et sœurs. La troisième catégorie considère les enfants handicapés qui sont abandonnés et la quatrième considère les enfants qui ont perdu les 4 droits de l’enfant: le droit d’étude, le droit d’expression, le droit à la santé, le droit de manger.

 

Une fois les familles sélectionnées, comment choisissez-vous le programme ?

Nous avons plus de 38 programmes et comme ils sont spécifiques à certains besoins, et que chaque programme coûte très cher, nous avons un comité qui prend cette décision. Ce sont les assistants sociaux qui font l’étude, et puis il y a tout le comité derrière qui étudie le cas et vient à une conclusion. Nous avons une équipe de contre-enquête et d’audit pour tout vérifier parce que les familles mentent beaucoup et il y a aussi des erreurs.

 

Les familles, vous les trouvez comment ?

Un assistant social, c’est quelqu’un qui a un bon cœur, qui sympathise avec la souffrance d’une famille et se donne du mal pour trouver une solution. C’est pour ça que le service social est le cœur de l’association. Le premier cas de figure c’est qu’une famille vienne nous dire qu’elle a besoin d’aide. Ensuite on peut aussi apercevoir des cas urgents par l’information de professeurs, de journaux, de la télévision, d’autres organisations, ou par des visites sur le terrain. Par exemple si on voit un enfant qui travaille dans l’eau usée pour cueillir des liserons d’eau à partir de 1h ou 2h du matin, on ne peut pas supporter ça, ce n’est pas humain, il ne peut pas aller à l’école. Souvent derrière il y a un père alcoolique, une mère qui joue aux jeux, les parents qui ne font rien et qui tapent les enfants pour qu’ils ramènent de l’argent.

 

Vous vous adressez directement à l’enfant ?

Oui on va discuter avec lui et lui demander s’il a besoin de manger quelque chose, s’il a besoin d’aide… et puis enfin s’il veut aller à l’école. Si la situation de la famille est bonne on va le laisser chez les parents. Sinon on va leur proposer de rester dans le centre. Il y a des cas où le père est violent et alcoolique, il viole les enfants, la mère voudrait les prostituer… ou des cas où la famille fait du harcèlement moral en disant aux enfants qu’ils ne mangeront pas le soir s’ils vont à l’école. C’est encore plus dur pour les filles, c’est abominable. Au Cambodge on a une très mauvaise tradition: les filles doivent travailler à la maison, elles ne peuvent pas continuer les études jusqu’au bout parce que leur rôle c’est de faire la cuisine et de garder les petits enfants.  Pour changer cette mentalité ça commence par nous: on doit donner l’exemple. C’est pour ça qu’on donne la priorité aux filles à PSE. Il arrive que les parents les vendent pour rembourser une dette, tu te rends compte?

 

Comment on fait pour aider le plus de familles?

On fait le maximum possible. En tant qu’assistant social on travaille 24h sur 24, on est un numéro d’urgence la nuit, le weekend, les jours fériés… Il y a aussi une équipe médicale d’urgence. La priorité c’est protéger les enfants. A la montagne d’Oudong, à une heure de Phnom Penh, il y a des enfants qui travaillent dans les carrières à casser les pierres pour gagner 2000 ou 3000 riels pour jour et ils donnent tout aux parents. Ils se cassent les mains, les pieds, les doigts…  Au début on travaillait qu’avec les chiffonniers des décharges et maintenant on travaille avec tous types d’enfants qui ne peuvent pas aller à l’école. On a aussi des familles dans des bonnes situations. Certains enfants sont diplômés, l’association a presque 20 ans! Beaucoup ont du travail avec des bons salaires. La situation change. Il y a aussi des hausses de prix des terrains qu’ils peuvent vendre pour gagner de l’argent. Il y aussi parfois des erreurs dans notre sélection, comme les familles mentent. C’est pour ça qu’on a créé la contre-enquête et l’audit des managers.

 

Quel rôle joue le service social dans les camps d’été ?

C’est le camp d’été qui joue un rôle avec les services sociaux! Les camps d’été offrent un moyen pour nous de découvrir de plus en plus d’enfants dans des situations misérables. Ça nous permet de trouver les enfants qui ne vont pas à l’école, et de découvrir les problèmes de ceux qui y vont. Quand les enfants sont avec les moniteurs, ils jouent, ils sont heureux, ils sont en confiance, ils peuvent parler avec eux, ils peuvent ouvrir leur cœur. On trouve énormément d’enfants comme ça chaque année. Ensuite, c’est grâce aux camps d’été que les familles connaissent PSE: quand les enfants rentrent chez eux, ils sont contente, ils racontent des belles histoires à leurs parents, ça crée une réputation de confiance autour de PSE. Enfin, ce qui est le plus important dans le rôle des camps d’été c’est de nous créer des ambassadeurs: vous allez diffuser les bonnes nouvelles, parler de PSE autour de vous, et ça c’est de l’or, c’est essentiel!

Au camp les enfants peuvent retrouver leurs sourires, faire sortir leur tristesse. Même l’équipe de psychologues n’ont pas la capacité de faire sortir ce qui est enfoui. C’est l’environnement du camp, ils rencontrent des moniteurs qui les font rire, qui leur donnent de l’amour, ça les touche, et ils réfléchissent: « Pourquoi mon frère me tape tout le temps? Pourquoi ma maman boit et joue aux cartes? Je suis sa fille! Je suis sa petite sœur! J’ai mes droits dans la famille! J’ai ma valeur! Pourquoi ils ne me donnent pas et vous, vous me donnez? » C’est vraiment sacré. C’est extraordinaire. Ceux qui ont grandi dans la violence ne savent pas distinguer le bien du mal, le vrai du faux. Ils cherchent l’amour, et petit à petit on peut les aider à guérir leurs traumatismes. On en parle avec eux, avec leurs tuteurs, les psychologues, pour comprendre ce qui se cache dans leurs cœurs, pour le faire ressortir. C’est vous qui les faites parler, c’est un miracle, vous leur donnez le cadeau de l’amour. Merci profondément.

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